WALLIS (1766-67)


      Le capitaine Samuel Wallis commandait le Dolphin, et avait sous ses ordres le Swallow ; la flûte le Prince Frédéric faisait partie de sa petite escadre, avec laquelle il fit voile de Plymouth le 22 août 1766. Il ne tarda pas à s'apercevoir que le Swallow était très mauvais voilier ; ce qui le contraria beaucoup. Le 16 décembre, il mouilla dans une baie en dedans du cap des Vierges, à l'entrée orientale du détroit de Magellan. Avant de laisser tomber l'ancre, il avait vu sur le cap des hommes à cheval qui lui faisaient signe de descendre à terre ; écoutons le récit de son entrevue avec les Patagons.

      " Les naturels restèrent toute la nuit vis-à-vis du vaisseau, allumant des feux et poussant souvent de grands cris. Le 17 au matin, dès qu'il fut jour, nous en vîmes un grand nombre en mouvement, qui nous faisaient signe d'aller à terre. Vers les cinq heures, je donnai le signal pour faire venir à bord les canots du Swallow et du Prince Frédéric ; en même temps je fis mettre le mien à la mer. Ces canots étant tous équipés et armés, je pris un détachement de soldats de marine, et je marchai vers le rivage, après avoir donné ordre au maître de présenter le travers du navire au rivage pour protéger le débarquement, et de charger les canons à mitraille. Nous arrivâmes au rivage vers les six heures, et, avant de sortir des canots, je fis signe aux habitants de se retirer à quelque distance. Ils obéirent sur le champ ; je descendis alors avec le capitaine du Swallow et plusieurs officiers : les soldats de marine furent rangés en bataille, et les canots furent tenus à flot sur leurs grapins près de la côte.
      " Je fis signe aux habitants de s'approcher et de s'asseoir en demi-cercle, ce qu'ils firent avec beaucoup d'ordre et de gaieté. Alors je leur distribuai des couteaux, des ciseaux, des boutons, des colliers de verroterie, des peignes, et d'autres bagatelles ; je donnai surtout des rubans aux femmes, qui les reçurent avec un air mêlé de plaisir et de respect. Après avoir achevé la distribution de mes présents, je leur fis entendre que j'avais d'autres choses à leur donner, mais que je voulais avoir quelques provisions en échange. Je leur fis voir des haches et des serpes, et je leur montrai en même temps des guanaques qui se trouvaient là, et des autruches mortes que je voyais près d'eux, en leur indiquant par signes que je voulais manger ; mais ils ne purent ou ne voulurent pas me comprendre : car, quoiqu'ils parussent avoir grande envie des haches et des serpes, ils ne donnèrent pas à entendre qu'ils fussent disposés à nous céder de leurs provisions ; nous ne fîmes donc aucun trafic avec eux.
      " Ces Indiens, les femmes comme les hommes, avaient chacun un cheval, avec une selle assez propre, une bride et des étriers. Les hommes avaient des éperons de bois, à l'exception d'un seul qui avait une paire de grands éperons à l'espagnole, des étriers de bronze, et un sabre espagnol sans fourreau ; mais, malgré ces distinctions, il ne paraissait avoir aucune espèce d'autorité sur les autres. Les femmes ne portaient point d'éperons. Les chevaux paraissaient bien faits, légers, et hauts d'environ quatorze palmes. Ces Indiens avaient aussi des chiens, qui paraissaient être, ainsi que les chevaux, de race espagnole.
      "  Nous prîmes la mesure de ceux qui étaient les plus grands : l'un d'eux avait six pieds sept pouces ; plusieurs autres avaient six pieds cinq pouces ; mais la taille du plus grand nombre était de cinq pieds dix pouces à six pieds.
      "  Leur teint est d'une couleur de cuivre foncé, comme celui des naturels de l'Amérique septentrionale ; ils ont les cheveux droits, presque aussi durs que des soies de porc, et qu'ils nouent avec une ficelle de coton : tous les hommes, comme les femmes, vont la tête nue. Ils sont bien faits et robustes ; ils ont de gros os ; mais leurs pieds et leurs mains sont d'une petitesse remarquable. Ils sont vêtus de peaux de guanaque, cousues ensemble par morceaux d'environ six pieds de longueur sur cinq de largeur, dont ils s'enveloppent le corps, et qu'ils attachent avec une ceinture, en mettant le poil en dedans. Quelques-uns d'entre eux avaient aussi ce que les espagnols appellent un puncho, ou sorte de manteau d'étoffe faite de poil de guanaque ; une ouverture sert à passer la tête, et il descend jusqu'aux genoux.
      " Ces Indiens portent aussi une espèce de caleçon qu'ils tiennent fort serré, et des brodequins qui descendent du milieu de la jambe jusqu'au coup-de-pied par devant, et par derrière passent sous le talon : le reste du pied est découvert.
      " Nous remarquâmes que plusieurs des hommes avaient un cercle rouge peint autour de l'œil gauche, et que d'autres s'étaient peint les bras et différentes parties du visage : toutes les jeunes femmes avaient les paupières peintes en noir.
      " Ils parlaient beaucoup ; quelques uns d'entre eux prononcèrent le mot ca-pi-ta-ne ; mais quand on leur parla en espagnol, en portugais, en français et en hollandais, ils ne firent aucune réponse. Nous ne pûmes distinguer dans leur langage que le seul mot chaoua. Nous supposâmes que c'était une salutation, parce qu'ils le prononçaient toujours quand ils nous frappaient dans la main, et quand ils nous faisaient signe de leur donner quelque chose. Lorsque nous leur parlions en anglais, ils répétaient après nous les mêmes mots, comme nous aurions pu le faire ; et ils eurent bientôt appris par cœur ces mots : Englismen, come on shore (Anglais, venez à terre).
      " Chacun avait à sa ceinture une arme d'une espèce singulière : c'étaient deux pierres rondes, couvertes de cuir, et pesant chacune environ une livre, qui étaient attachées aux deux bouts d'une corde d'environ huit pieds de long. On a vu plus haut qu'ils s'en servent comme d'une fronde pour arrêter les animaux qu'ils poursuivent. Ils sont si adroits à manier cette arme, qu'à la distance de cinquante pieds ils peuvent frapper, par deux pierres à la fois, un but qui n'est pas plus grand qu'un shilling. Ce n'est cependant pas leur usage d'en frapper le guanaque ni l'autruche, quand ils font la chasse de ces animaux ; mais ils lancent leur fronde de manière que la corde, rencontrant les deux jambes de l'autruche ou deux de celles du guanaque, les enveloppe aussitôt par la force et le mouvement de rotation des pierres, et arrête l'animal, qui devient alors aisément la proie du chasseur.
      " Tandis que nous étions à terre, nous les vîmes manger de la chair crue, entre autres, le ventre d'une autruche, sans autre préparation que de le retourner en mettant le dedans en dehors, et de le secouer.
      " Nous remarquâmes aussi qu'ils avaient plusieurs grains de verroterie comme ceux que je leur avais donnés, et deux morceaux d'étoffe rouge : nous supposâmes que le comodore Byron les avait laissés en cet endroit ou dans quelque canton voisin.
      " Après avoir passé environ quatre heures avec ces Américains, je leur fis entendre par signes que j'allai retourner à bord, et que j'en emmènerai quelques uns d'entre eux avec moi, s'il le désiraient. Dès qu'ils m'eurent compris, plus de cent se présentèrent avec empressement pour aller sur le vaisseau ; mais je ne voulus pas en recevoir plus de huit. Ils sautèrent dans les canots avec la joie qu'auraient des enfants qui vont à la foire ; comme ils n'avaient aucune mauvaise intention, ils ne nous en soupçonnaient aucune. Pendant qu'ils étaient dans les canots, ils chantèrent plusieurs chansons de leur pays ; lorsqu'ils furent sur le vaisseau, ils n'exprimèrent pas les sentiments d'étonnement et de curiosité que paraissaient devoir exciter en eux tant d'objets extraordinaires et nouveaux, qui venaient frapper à la fois leurs yeux. Je les fis descendre dans ma chambre ; ils regardaient autour d'eux avec une indifférence inconcevable, jusqu'à ce qu'un d'entre eux eut jeté les yeux sur un miroir : mais cet objet ne leur causa pas plus d'étonnement que les prodiges qui s'offrent à notre imagination dans un songe, lorsque nous croyons converser avec les morts, voler dans l'air, marcher sur la mer, sans réfléchir que les lois de la nature sont violées ; cependant ils s'amusèrent beaucoup de ce miroir ; ils avançaient, reculaient, et faisaient mille tours devant la glace, riant aux éclats, et se parlant avec beaucoup de chaleur les uns aux autres.
      " Je leur donnai du bœuf, du petit salé, du biscuit et d'autres provisions du vaisseau ; ils mangèrent indistinctement de tout de qu'on leur offrit ; mais ils ne voulurent boire que de l'eau.
      " De ma chambre je les menai dans toutes les parties du vaisseau ; ils ne regardèrent avec attention que les animaux vivants que nous avions à bord. Ils examinèrent avec assez de curiosité les cochons et les moutons, et s'amusèrent infiniment à voir les pintades et les dindons.
      " Ils ne parurent désirer de tout ce qu'ils voyaient que nos vêtements, et un vieillard fut le seul d'entre eux qui nous en demanda ; nous lui fîmes présent d'une paire de souliers avec des boucles, et je donnai à chacun des autres un sac de toile dans lequel je mis quelques aiguilles tout enfilées, des morceaux de drap, un couteau, une paire de ciseaux, du fil, de la verroterie, un peigne, un miroir, et quelques pièces de notre monnaie, qu'on avait percées par le milieu, afin de pouvoir les suspendre au cou avec un ruban.
      " Nous leur offrîmes des feuilles de tabac roulées ; ils en fumèrent un peu, mais ne parurent pas y prendre plaisir.
      " Je leur montrai les canons, ils ne témoignèrent avoir aucune connaissance de leur usage. Lorsqu'ils eurent parcouru tout le vaisseau, je fis mettre sous les armes les soldats de marine et leur fis exécuter une partie de l'exercice. A la fin de la première décharge de la mousqueterie, nos Indiens furent frappés d'étonnement et de terreur ; le vieillard en particulier se jeta à la renverse sur le tillac, et, montrant les fusils, se frappa le sein avec la main, et resta ensuite quelques temps sans mouvement, les yeux fermés ; nous jugeâmes qu'il voulait nous faire entendre qu'il connaissait les armes à feu et leurs terribles effets. Les autres, voyant que nos gens étaient de bonne humeur, et n'ayant reçu aucun mal, reprirent bientôt leur gaieté, et entendirent sans beaucoup d'émotion la seconde et la troisième décharge ; mais le vieillard resta prosterné sur le tillac pendant quelques temps, et ne reprit ses esprits qu'après que la mousqueterie eut cessé.

      " Vers le midi, la marée reversant, je leur fis connaître par signes que le vaisseau allait s'éloigner, et qu'ils devaient aller à terre ; je m'aperçus bientôt qu'ils n'avaient pas envie de s'en aller ; cependant on les fis entrer sans beaucoup de peine dans la chaloupe, à l'exception du vieillard et d'un autre qui voulurent rester : ces deux-ci s'arrêtèrent à l'endroit où l'on descend du vaisseau ; le plus vieux se retourna et alla à l'escalier qui conduit à la chambre du capitaine : il resta là quelque temps sans dire un mot ; puis il prononça un discours que nous prîmes pour une prière ; car plusieurs fois il éleva les mains et les yeux vers le ciel, et parla avec des accents, un air et des gestes fort différents de ce que nous avions observé dans leur conversation. Ils paraissait plutôt chanter que prononcer ce qu'il disait ; de sorte qu'il nous fut impossible de distinguer un mot d'un autre. Je lui fis entendre qu'il était à propos qu'il descendît dans la chaloupe : alors il me montra le soleil ; puis, faisant voir sa main en la tournant vers l'ouest, il s'arrêta, me regarda en face, se mit à rire, et me montra ensuite le rivage. Il nous fut aisé de comprendre par ces signes qu'il désirait de rester à bord jusqu'au coucher du soleil, et je n'eus pas peu de peine à lui persuader que nous ne pouvions pas rester si longtemps sur cette partie de la côte. Enfin il se détermina à sauter dans la chaloupe avec son compagnon : lorsque la chaloupe s'éloigna, ils se mirent tous à chanter, et continuèrent à donner des signes de joie jusqu'à ce qu'ils furent arrivés à terre. Lorsqu'ils débarquèrent, plusieurs de leurs compagnons qui étaient sur le rivage voulurent se jeter avec empressement dans la chaloupe ; l'officier qui était à bord, ayant des ordres positifs de n'en recevoir aucun, eut beaucoup de peine à les empêcher d'entrer dans le bâtiment, ce qui parut les mortifier extrêmement. "

      Wallis, étant entré dans le détroit, vit plusieurs fois des Patagons : lorsque les canots approchaient de terre, ces hommes voulaient toujours s'y embarquer pour venir au vaisseau ; on refusait de les recevoir ; ils en marquaient du chagrin. Souvent on essaya de leur faire entendre par signes qu'on désirait obtenir des guanaques et des nandous en échange de différents objets qu'on leur montrait, mais on ne put venir à bout de s'en faire comprendre. Quelquefois les Anglais, en descendant à terre, trouvaient des huttes et différents endroits où tout annonçait que l'on avait récemment fait du feu.

      Le 17 janvier 1767, Wallis, après avoir tiré du Prince Frédéric des provisions de toute espèce pour l'usage du Dolphin et du Swallow, le fit partir pour les îles Falkland, où l'Angleterre avait formé un établissement qu'elle a ensuite abandonné. Le Prince Frédéric était chargé de remettre au commandant de jeunes arbres tirés des côtes de détroit de Magellan pour les planter dans ces îles dépourvues de bois. Précaution louable, et dont il est à souhaiter que l'effet ait répondu aux désirs de celui qui en avait eu l'idée. Le Prince Frédéric, après s'être acquitté de sa commission, devait retourner à Plymouth.

      Les Anglais eurent aussi des rapports avec les habitants de la côte méridionale du détroit, qui leur parurent aussi sales, aussi puants, aussi misérables qu'aux autres navigateurs qui avaient parcourus ces parages. Ils mangeaient de tout ce qu'on leur présentait. Ils essayèrent une fois d'emporter d'un canot anglais les différents objets qui s'y trouvaient ; mais l'équipage s'en aperçut à temps, et les empêcha d'effectuer leur dessein. Les Indiens, se voyant contrariés dans leur entreprise, se retirèrent dans leurs pirogues, et s'armèrent de longues perches et de lames dont la pointe était faite d'os de poisson. Comme malgré ces démonstrations hostiles ils n'attaquèrent pas les Anglais, ceux-ci se bornèrent à se tenir sur la défensive ; ensuite, au moyen de quelques bagatelles qu'ils donnèrent aux Indiens, ils les calmèrent, et la bonne intelligence fut rétablie.

      Une autre fois, ces sauvages donnèrent lieu à une observation qui fait honneur à leur caractère. Wallis était alors mouillé près du cap Upright, à peu de distance de l'embouchure occidentale du détroit. " Le 1er avril, dit-il, nous vîmes venir à bord du vaisseau deux pirogues avec quatre hommes, et trois petits enfants dans chacune. Les hommes étaient plus vêtus que ceux que nous avions vus auparavant, mais les enfants étaient entièrement nus ; ils étaient un peu plus blonds que les hommes, qui marquaient beaucoup d'attention et de tendresse pour eux ; ils les levaient fréquemment en l'air pour qu'ils vissent mieux le vaisseau. Je donnai à ces enfants des colliers et des bracelets de verroterie, qui leur firent beaucoup plaisir. Pendant que les Indiens restaient avec nous, les uns sur le vaisseau, les autres dans leurs pirogues, la chaloupe partit pour aller faire du bois et de l'eau. Les Indiens qui étaient dans les pirogues tinrent les yeux fixés sur la chaloupe pendant qu'on l'équipait. Dès qu'elle s'éloigna, ils appelèrent par de grands cris ceux qui étaient à bord ; ceux-ci eurent aussitôt l'air très alarmés, sautèrent à la hâte dans leur pirogues, après avoir fait descendre leurs enfants, et s'éloignèrent sans proférer une parole. Nous ne pouvions deviner la cause de l'émotion soudaine de ces Indiens, qui suivirent la chaloupe en poussant de grands cris, et en donnant des marques extraordinaires de trouble et d'effroi. La chaloupe, qui marchait plus vite qu'eux, les devança à la côte, où mes matelots aperçurent des femmes qui ramassaient des moules au milieu des rochers. Leur vue expliqua aussitôt le mystère. Les pauvres Indiens craignaient que les étrangers ne voulussent attenter, soit par force, soit par séduction, aux droits des maris de ces femmes, droits dont ils paraissaient plus jaloux que les habitants d'autres contrées en apparence moins sauvages et moins grossiers que ceux-ci. Mes matelots, pour les tranquilliser, restèrent dans la chaloupe sans ramer, et se laissèrent devancer par les canots. Les Indiens, de leur côté, ne cessèrent de crier pour se faire entendre des femmes, que lorsqu'elles eurent pris l'alarme, et se furent enfuies hors de portée de la vue. Dès qu'ils furent à terre, ils tirèrent leurs pirogues sur la plage, et se hâtèrent d'aller rejoindre leurs femmes. "

      Au mois de février, qui est l'été de ces contrées, le maître du Dolphin, étant allé à la côte de sud pour chercher un mouillage, débarqua mourant de froid sur une grande île. Après s'être réchauffé à un feu allumé avec de petits arbres qu'il trouva dans ce lieu, il grimpa sur une montagne pour observer la triste région qui l'entourait. La Terre du Feu présentait l'aspect le plus horrible et le plus sauvage que l'on pût imaginer ; ce n'étaient que des montagnes raboteuses qui s'élevaient jusqu'aux nues ; leurs flans et leurs sommets entièrement nus, ne laissaient pas apercevoir le moindre signe de végétation. Les vallées ne présentaient pas une perspective moins triste ; des couches profondes de neige les remplissaient, excepté dans quelques endroits où elle avait été emportée par les torrents qui se précipitaient du sommet des monts ; et, même dans les endroits où la neige ne les couvrait pas, elles étaient aussi dépouillées de verdure que les rochers qui les entouraient.

      Le 10 avril, le Dolphin avait mis à la voile avec le Swallow ; lorsqu'il fut à un mille au nord du cap Pillar, il s'aperçut que la corvette était à trois milles en arrière. Comme le vent était faible, Wallis fut obligé de mettre dehors autant de voile qu'il put afin de sortir de l'embouchure du détroit. Il voulut ensuite diminuer de voile, pour attendre le Swallow, mais il ne le put pas, parce qu'un courant l'entraînait sur des îlots, et qu'il fallait porter de la toile pour les éviter. Peu de temps après il perdit de vue le Swallow, et ne le revit plus. Dans le premier moment il voulut rentrer dans le détroit ; un brouillard épais qui s'éleva tout à coup, et la mer qui devint très grosse, mirent obstacle à l'exécution de ce dessein. On reconnut la nécessité de gagner au plus tôt le large, et de faire force voiles avant que la mer fût plus forte, ce qui aurait empêché de doubler les caps qui forment l'embouchure du détroit.
      " Ce fut ainsi, dit Wallis, que nous quittâmes cette région âpre et inhabitable, où pendant quatre mois nous avions été presque sans cesse en danger de périr ; où au milieu de l'été l'air était nébuleux, orageux et froid ; où presque partout les vallées étaient sans verdure et les montagnes sans bois ; où enfin la terre offre plutôt un amas de ruines qu'un sol propre à l'habitation d'êtres animés. "


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