Hector Bianciotti reçu à l'Académie française

Vendredi 24 janvier 97

Jeudi 23 janvier, c'est la deuxième femme à avoir été élue à l'Académie française (après Marguerite Yourcenar et avant Hélène Carrère d'Encausse), l'helléniste Jacqueline de Romilly, qui a reçu le romancier Hector Bianciotti au fauteuil d'André Frossard, essayiste et éditorialiste au Figaro, défenseur intransigeant de la foi catholique.

En accueillant l'auteur de Sans la miséricorde du Christ, Jacqueline de Romilly a rendu hommage à un écrivain qui a appris le français par amour de la littérature de ce pays - et singulièrement de Paul Valéry.

Hector Bianciotti, d'origine argentine et installé en France depuis plus de trente ans, a pris la nationalité française en 1981. Mais c'est en 1985 que cet écrivain, déjà auteur de nombreux livres en espagnol, a décidé d'écrire dans la langue qu'il s'est choisie. C'est aussi ce " ralliement " à la culture française dont parle Jacqueline de Romilly que l'Académie a voulu distinguer en invitant Hector Bianciotti à siéger sous la Coupole.

© Le Monde 24/01/1997


Hector Bianciotti reçu à l'Académie française

" Messieurs,

Paul Valéry - envers qui ma dette est inépuisable puisque c'est pour lire son oeuvre dans le texte que je me suis engagé, à quinze ans, dans le délicat labyrinthe de la langue française -, Paul Valéry observait, dans son discours de réception, sous cette Coupole, que les premiers mots que l'on vous adresse sont d'une vérité très particulière : car il est rare qu'un discours dicté par l'usage suscite chez celui qui le prononce l'émotion qu'il exprime.

BianciottiC'est de tout coeur que je remercie votre Compagnie, qui n'a craint ni l'audace ni le paradoxe en décidant d'accueillir quelqu'un qui vient de loin, et qui a passé de sa langue d'enfance à celle de sa littérature d'élection par des chemins de contrebandier, sans rien apporter d'autre, en guise de présent, qu'un imaginaire venu d'ailleurs. Mais c'est tout un pays, le pays de ma première naissance, l'Argentine, qui, avec moi, Messieurs, vous remercie. Un pays jeune où une tradition des mieux établies est l'amour de la France ; où dire " la France " équivaut à dire " la Culture ", dont l'Académie française demeure le symbole des symboles. (...)

A propos de naissance, André Frossard aimait à dire qu'il avait assisté à la sienne. A l'entendre, il était né véritablement le 8 juillet 1935, alors qu'il avait, déjà, vingt ans. Le 8 juillet 1935 ? Son ami le plus proche, André Willemin, l'invite à dîner. Ils partent dans la vieille voiture de Willemin (...), ils font des tours et des détours, jusqu'au moment où la sympathique guimbarde s'arrête devant l'Ecole des Arts décoratifs. Willemin descend et propose à son ami soit de le suivre, soit de l'attendre quelques minutes. Il l'attendra. Il le voit traverser la rue, pousser une petite porte près du grand portail de fer d'où émerge la toiture d'une chapelle. Willemin allait sans doute prier, se confesser. (...)

Las d'attendre la fin des incompréhensibles dévotions qui retiennent son compagnon un peu plus qu'il ne l'avait prévu, André Frossard pousse à son tour la petite porte de fer pour examiner, en " dessinateur ", le bâtiment dans lequel il est tenté de dire que " son ami s'éternise ". (...) Des gens prient, des fidèles, des religieuses, la tête couverte d'un voile noir. Le fond de la chapelle est vivement éclairé. " Au-dessus du maître-autel, vêtu de blanc, un vaste appareil de plantes, de candélabres et d'ornements est dominé par une grande croix de métal ouvragé qui porte en son centre un disque blanc mat. (...) J'ignore que je suis en face du Saint-Sacrement. (...) Debout près de la porte, je cherche des yeux mon ami et je ne parviens pas à le reconnaître parmi les formes agenouillées qui me précèdent. Et c'est alors que se déclenche, brusquement, la série de prodiges dont l'inexorable violence va démanteler en un instant l'être absurde que je suis et faire venir au jour l'enfant que je n'ai jamais été. (...) Je ne dis pas que le Ciel s'ouvre, il ne s'ouvre pas, il s'élance, il s'élève soudain de cette insoupçonnable chapelle dans laquelle il se trouve mystérieusement inclus. Comment le décrire avec ces mots démissionnaires qui me refusent leurs services et menacent d'intercepter nos pensées pour les consigner au magasin des chimères ? (...) Le peintre à qui il serait donné d'entrevoir des couleurs inconnues, avec quoi les peindrait-il ? "

Né, selon l'état civil, le 14 janvier 1915 (...) dans la vallée du Doubs, André Frossard grandit à Foussemagne, le village de son père, et le seul, en France, à avoir une synagogue et pas d'église. (...) Le grand-père paternel d'André Frossard était bourrelier de son état et simple ouvrier à domicile, ce qui ne l'avait pas empêché d'épouser une fille issue d'une famille juive aisée (...) . Chez les Frossard, on était des athées parfaits, de ceux qui ne s'interrogent plus sur leur athéisme. Aussi, André ne fut pas baptisé. (...)

Il avait neuf ans lorsque, parmi les rares ouvrages de la maison qui ne parlaient pas de politique, il découvrit L'Iliade, qui serait " la demeure enchantée de [son] enfance " (...) Sa mère, un esprit curieux, avait entendu Ludovic Oscar Frossard, fils du bourrelier, parler de socialisme à un auditoire ouvrier des environs de Belfort, avec la fougue de ses vingt-cinq ans (...). Et comme elle le suivait de réunion en réunion, un jour ils se rencontrèrent à la mairie... Rédigeait-il le journal de la fédération socialiste ? elle le vendait à la criée. (...) A moins de vingt ans, il publiait dans L'Humanité, de Jean Jaurès ; et à vingt-neuf ans, secrétaire général du Parti socialiste, il établissait sa famille à Paris.

Le petit André avait son lit dans la chambre qui servait, le jour, de bureau à son père, en face du portrait de Karl Marx, sous un portrait de Jules Guesde et une photographie de Jaurès. Marx le fascinait (...) La Russie attirait son père ; il y partit un jour chez les Soviets, avec Marcel Cachin, directeur de L'Humanité ; ils entendirent les discours caustiques de Lénine sur l'embourgeoisement de la IIe Internationale et sur l'impotence idéologique d'un journal comme L'Humanité ; ils furent désarçonnés, abasourdis par le vacarme des doctrinaires qui les accablaient d'aphorismes et d'injonctions... mais cela n'empêcha pas M. Frossard de devenir, la trentaine à peine entamée, le premier secrétaire du Parti communiste français - fonction qu'il remplira pendant trois ans, avant de retrouver sa famille, les socialistes. (...) Ludovic Oscar Frossard souhaitait que son fils fût ce qu'il eût été lui-même si la pauvreté ne l'avait contraint de choisir une voie plus courte : normalien (...), agrégé, professeur d'histoire, enfin, tout !

A l'école communale, les choses se passent bien pour l'enfant ; mais au lycée, situé à l'orée des beaux quartiers, il se sent un étranger (...). Il parvint quelque temps à se hisser de classe en classe, puis il dut redoubler. (...) Au fond, il n'aimait que le dessin. (...) Reçu à un bon rang à l'Ecole des Arts décoratifs, il n'y fut pas longtemps plus assidu qu'il ne l'avait été au lycée. Il passait ses journées dans les piscines et les musées, où il allait droit à la section architecture s'enivrer de bleus au tire-ligne ; peu lui importait leur motif, " pourvu qu'ils fussent faits de beaux rectangles, de courbes exactement tracées à l'intersection du vide et de la pesée ". (...) Il n'aimait guère le style gothique, qui " exprime, entre autres, cette idée que l'on ne peut atteindre le divin que par une superposition d'efforts à la limite de l'équilibre ". (...) Il quitta l'Ecole des Arts décoratifs et fonda, poussé par son père, une section des Jeunesses socialistes ; il prépara les statuts, fit un discours devant une trentaine de garçons et tout le monde adhéra : " La section avait pris un bon départ, dit-il : je la regardai continuer sa route sans moi. (...) De désespérant, je devenais un cas désespéré. (...) Je connais l'art de décevoir, sur le bout du doigt. " (...) Manifestement, il était urgent que le Ciel intervînt. Et il intervint, le 8 juillet 1935. Il était donc 17 h 10 lorsqu'il se décide à rejoindre son ami Willemin dans la chapelle. A 17 h 12, il sera catholique, apostolique , et romain. (...)

A plusieurs reprises au fil des ans, et pour le principal dans ses livres, André Frossard a essayé de nous confier ce que fut la prise de tout son être par le Ciel lors de la " divine embuscade  " ; mais les mots ne lui ont fourni que des approximations et quelques métaphores, seul moyen, parfois, de piéger, un instant, l'ineffable. Au reste, toute tentative de description ne pouvait qu'altérer ce qu'il avait ressenti comme un sublime orage, et qui serait à jamais pour lui l'irruption de la grâce, du savoir par révélation : le langage de l'homme n'est pas accoutumé à l'évidence de Dieu.

Cependant, il arrive qu'André Frossard frôle la réalité de sa vision, et cela alors même qu'il est sur le point d'y renoncer : " Toutes ces sensations, dit-il , que j'ai peine à traduire dans le langage inadéquat des idées et des images sont simultanées, comprises les unes dans les autres. Tout est dominé par la présence, au-delà et à travers une immense assemblée, de celui dont je ne pourrai plus jamais écrire le nom sans que me vienne la crainte de blesser sa tendresse.  " Ces dernières phrases ne sont pas sans rappeler un conte de Jorge Luis Borges (...) intitulé L'Aleph : la première lettre de l'alphabet hébreu désigne, ici, le lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux, vus de tous les angles. En fait, l'" Aleph " du conte est un objet, une petite sphère aux couleurs chatoyantes qui répand un éclat presque insupportable. (...) Il y a une longue énumération d'images hétéroclites, qui s'achève ainsi : " Je vis la circulation de mon sang obscur, je vis l'engrenage de l'amour et la modification de la mort, je vis l'Aleph sous tous les angles, je vis sur l'Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l'Aleph et sur l'Aleph la terre, (...) je vis ton visage, je vis le jour et la nuit contemporains, j'eus le vertige et je pleurai car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural dont les hommes usurpent le nom, mais qu'aucun homme n'a regardé : l'inconcevable univers. " La vie et la nature, peut-être à l'exemple de la Divinité, affectionnent les répétitions, les analogies, la symétrie.

La conversion de Paul Claudel - qu'André Frossard considérait comme le plus grand écrivain du siècle - remonte au 25 décembre 1886. (...) Paul Claudel avait dix-huit ans et il commençait à écrire. Il lui semblait que dans les cérémonies catholiques il trouverait " un excitant approprié et la matière de quelques exercices décadents ". Il se rend à Notre-Dame-de-Paris pour y suivre les offices de Noël. (...) Claudel est debout dans la foule : " Et c'est alors que se produisit l'événement qui domine toute ma vie, dit -il. (...) Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée n'ont pu ébranler ma foi, ni à vrai dire la toucher. J'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence, de l'éternelle enfance de Dieu (...)  ". Paul Claudel s'écrie encore : " Dieu existe, il est là. C'est quelqu'un, c'est un être aussi personnel que moi ! "

Et André Frossard, un demi-siècle plus tard : " Il y a un ordre dans l'univers, et à son sommet, par-delà ce voile de brume resplendissante, l'évidence de Dieu, l'évidence faite personne de celui-là même que j'aurais nié un instant auparavant. " (...)

Encore plus surprenante est la similitude entre le destin d'André Frossard et celui d'Alphonse Ratisbone, ce juif de Strasbourg qui se convertit au catholicisme en 1841, à l'âge de vingt-neuf ans, lors d'un séjour à Rome où il promenait une sorte de désoeuvrement touristique et nonchalant. (...) André Frossard dit, de façon laconique : " J'avais vingt ans en entrant. En sortant, j'étais un enfant prêt au baptême et qui regardait autour de lui, les yeux écarquillés, ce ciel habité, cette ville qui ne se savait pas suspendue dans les airs. " (...) Le miracle dura un mois : " Chaque matin, je retrouvais avec ravissement cette lumière qui faisait pâlir le jour, cette douceur que je n'oublierai jamais, et qui est tout mon savoir théologique.  " (...)

Il songea à entrer dans les ordres, mais il ne tenait pas à devenir prêtre : la " familiarité manuelle " du prêtre avec le divin l'effrayait un peu. Il se rendit à la Trappe de Cîteaux, (...) mais quelques heures lui suffirent pour bien comprendre qu'il n'était pas fait pour la vie contemplative dans la " version agricole " qui était celle des cisterciens.

Pourtant, il était persuadé qu'il y avait entre la terre et lui une opposition à vaincre ; le monde ne l'intéressait plus. (...) Il souhaita entrer dans la marine. (...) Peut -être se rappelait -il cette " mer allée avec le soleil " qu'est l'éternité pour Rimbaud, et s'attendait-il à trouver dans l'immensité des océans un paysage propice à la méditation... La Providence l'enverrait sous les drapeaux pour près de dix ans, six à passer dans la marine, le reste dans l'armée secrète ou en prison. (...) C'est ainsi que, chargé de décrypter et distribuer aussitôt les télégrammes urgents, une nuit de décembre 1939, il eut à annoncer que les armées allemandes envahiraient la Hollande, la Belgique et la France le jour même, à cinq heures du matin.

Quatre ans plus tard, en décembre 1943, il se retrouve dans les caves de la Gestapo, d'où il est transporté à Montluc et écroué dans ce qui serait appelé la baraque aux juifs. (...) On dirait qu'il fallait qu'André Frossard eût cette expérience extrême aux temps des Barbie et " des pourvoyeurs de fosses communes ", afin d'en laisser un témoignage indélébile. " Le " statut des juifs" , écrit-il, a été un crime contre l'honneur de la France, un crime contre la nation, et un commencement de crime contre l'humanité. (...) Signé le 3 octobre 1940, promulgué le 4, [le statut] aurait dû être publiquement condamné le 5 par toutes les autorités morales, crosse en main, mitre en tête. (...) Après avoir fourni le juif et le wagon, Vichy se désintéressait du convoi. (...) Cette barbarie a été commise ; elle est ineffaçable et c'est pourquoi, bien que j'aie un coeur peu enclin au jugement, je reste attaché à la notion de crime contre l'humanité (...). Elle est liée à la mémoire, qui n'a été longtemps qu'une faculté et dont cette ignoble guerre a fait une vertu. " (...)

Ainsi que l'observait Voltaire, " presque toujours les choses qu'on dit frappent moins que la manière dont on les dit " (...) Et si l'on convient que, chez Voltaire, promptitude vaut profondeur, (...) on peut dire qu'André Frossard s'était assuré un style visant à exprimer tout ce qui, autour de lui, réclamait, d'urgence, d'être exprimé. Dans ses livres (...) et dans l'inoubliable billet quotidien du " Cavalier seul ", où souvent il lâchait la bride à son sens du comique - où la réalité, harponnée, passait, en peu de mots, du domaine des faits à la définition (...).

Cependant, quelque chose en lui tendait à préserver notre part d'ombre. (...) Pour André Frossard, la bonne réponse à une bonne question était une autre question, et un problème résolu, un problème mal posé : le point final de tout discours digne d'intérêt était, à ses yeux, un point d'interrogation.

Ici, André Frossard se trouve au carrefour de ces deux tendances qui caractérisent la littérature française, laquelle semble être toujours en procès avec elle-même : depuis le XVIIe siècle elle s'est faite et continue de se faire entre la nostalgie de Rabelais (...) et l'idéal de la sobriété, de la tempérance, de l'économie de moyens.

Un illustre historien de la littérature française, l'Italien Giovanni Macchia, soutient qu'il est difficile de trouver dans un autre pays deux mondes aussi opposés que Paris et Versailles au Grand Siècle. Paris était encore, selon lui, dans la vieille tradition médiévale de la vie et du désordre, des ruelles bruyantes, anarchiques. Tandis que Versailles représentait l'ordre, la raison, un classicisme aristocratique.

Et l'historien de soutenir qu'il faudra attendre Napoléon III pour assister à une tentative d'imposer à Paris l'esprit de Versailles, déjà morte, et le baron Haussmann, qui va fendre de larges avenues la ville populeuse, coupant les rues en équerre comme les allées d'un jardin de Le Nôtre, où l'on dirait que la nature s'embellit d'être domptée. (...)

La forme - qui retient le lecteur, et ménage une prise sur sa mémoire - était la préoccupation constante d'André Frossard. Un jour, vers la fin de sa vie, de concert avec Noël Bompois, l'ami et le collaborateur de sa version des Evangiles, des Psaumes, André Frossard conçoit le projet d'écrire une sorte de cinquième Evangile lui permettant, dit-il, " d'interpréter en toute liberté les paroles de Jésus ". (...) Il tenait à entraîner les gens à enjamber au besoin la foi pour entrer d'emblée dans l'espérance (...). De cet Evangile inachevé - où un jeune homme de Smyrne qui a grandi auprès des maîtres aristotéliciens d'Alexandrie devait rencontrer un rabbin de Galilée légèrement hérétique -, ne restent que quelques paragraphes, mais une grande abondance de notes où la parole d'André Frossard, libérée à l'approche de la mort, invite les chrétiens à remettre en question leurs certitudes traditionnelles. (...) Quant à l'au-delà... " La mort n'est qu'un clin d'oeil, dit-il : l'intervalle pratiquement inexistant qui sépare l'ombre de la lumière... " " Vous fermez les yeux et vous les rouvrez le jour de la Résurrection. " (...) Il cherche le ton juste pour ce " conte ". (...) " La musique du style, forte et tendre, profonde et légère, est essentielle "... " Erik Satie ou Mozart ? " (...) Messieurs, le 10 mars 1988, dans son discours de réception, André Frossard vous remerciait pour l'assurance que vous alliez peut-être lui donner d'être loué un jour pour les vertus et qualités que l'on avait eu tant de peine à discerner en lui pendant sa vie (...). André Frossard aura eu un lecteur de longue date, souvent ébloui, certes, attentif, complice, et qui, en lisant les notes qui composent l'ouvrage inachevé - mais, peut-être, pas inaccompli -, ce " cinquième Évangile ", eut l'impression, au détour d'un paragraphe, qu'il en était l'auteur, tellement ces quelques lignes exprimaient ses perplexités les plus intimes : un instant, André Frossard et lui-même furent dans son esprit les interlocuteurs de ce bref passage : " Ne pas oublier l'humour du rabbin. Notre jeune homme demande : "Mais après tout, Dieu existe-t-il ?" Le rabbin, alors, lui répondra : "Mon ami, ce qui est le plus essentiel dans le monde, c'est Dieu : qu'il existe, ou qu'il n'existe pas. "

Peut-être demain, quand celui qui croyait au Ciel et celui qui n'y croyait pas n'auront plus besoin de foi ni d'espérance, il sera juste de dire que c'était moi qui avais posé la question, et que c'est bien lui, André Frossard, qui m'a répondu. "

Hector Bianciotti

LePetitPoucet
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màj le 16 Feb 97